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Libération
Reportage

Les disparitions de «séparatistes» continuent de hanter le Cachemire

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Publié le 26/08/2008 à 4h44

Accroupie dans le salon glacial de sa petite maison de Srinagar, la capitale d'été du Cachemire indien, Rafika tend la photo de son mari. «Il s'appelle Mushtak, je ne l'ai pas vu depuis onze ans», explique-t-elle, entourée de ses quatre enfants. C'était le 14 avril 1997, je m'en souviens comme si c'était hier. Des soldats ont débarqué à deux heures du matin, ils ont commencé à l'interroger ici. Puis, ils l'ont embarqué. Je ne l'ai jamais revu.» Lui avait 25 ans, elle, 19, et enceinte. «Avec ma belle-famille, nous nous sommes rendus dans tous les camps militaires et les centres de détention de la province pour le retrouver, et même jusqu'à New Delhi. Mais, à ce jour, nous n'avons pas la moindre information sur ce qui lui est arrivé.»

Rafika est ce qu'on appelle au Cachemire une «demie-veuve», un terme qui désigne les épouses d'hommes disparus dans des circonstances jamais élucidées. Une situation qui est loin d'être rare dans cette région himalayenne où, pour mater l'insurrection séparatiste née en 1989, l'armée indienne n'a pas hésité à mettre les droits de l'homme entre parenthèses. Depuis quinze jours, la région est à nouveau en ébullition avec l'organisation, par les séparatistes, de nombreuses manifestations, parfois violentes (lire ci-dessous).

«Dans les années 90, les disparitions étaient une partie intégrante de la politique indienne. L'objectif était clair : terroriser les jeunes pour qu'ils ne soient pas tentés de rejoindre la gué

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