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Libération
Reportage

Musulmans indiens, la crainte de devenir bouc émissaire

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L’importante minorité a peur d’être associée aux islamistes depuis les attentats de Bombay.

Bombay («Mumbay», Inde) – Des musulmanes indiennes participent à une chaîne humaine autour d'un des sites des récents attentats (Arko Datta, Reuters). (REUTERS)
Publié le 13/12/2008 à 6h51, mis à jour le 13/12/2008 à 6h51

Depuis quinze jours, Fatimah Bibi ne décolle pas de son écran de télévision. «Je regarde tout le temps les nouvelles pour savoir si des affrontements ont éclaté quelque part dans le pays, confie cette mère de famille d'Ahmedabad, capitale économique de l'Etat du Gujarat, dans l'ouest de l'Inde. Après les attentats de Bombay, j'ai tellement peur que les hindous nous attaquent à nouveau sous prétexte que tous les musulmans sont des terroristes.»

Il y a six ans, huit membres de sa famille ont été brûlés vifs sous ses yeux lors de pogroms antimusulmans organisés par les extrémistes hindous à travers le Gujarat, dirigé par la frange la plus radicale du Parti nationaliste hindou (BJP). Le sol de sa maison porte encore les marques de l'incendie, et ses nuits continuent d'être ponctuées de cauchemars. «Après l'attaque sur Bombay, je n'ai pas pu dormir pendant plusieurs jours tellement j'avais peur, raconte-t-elle. Maintenant ça va mieux, mais je reste sur mes gardes, et je dis aux enfants de ne pas traîner dans la rue après l'école.»

Au total, plus de 2 000 musulmans avaient été tués dans les émeutes de 2002. Aujourd’hui que les attentats islamistes se multiplient aux quatre coins du pays (près de 400 morts depuis le début de l’année), la communauté craint de nouvelles violences. D’autant que les nationalistes hindous, dans l’opposition au niveau fédéral, ont la fâcheuse habitude d’alimenter les tensions religieuses à l’approche des électio

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