Gerald Kellman est un homme effacé et discret. Rien ne détonne chez lui. Ni la parka bleue sans marque ostentatoire, encore moins le gilet et le pantalon beiges. Son bureau, dans un pavillon sans prétention de la banlieue de Chicago, lui ressemble. Dépouillé. Juste un ordinateur et un téléphone auquel il répond rarement, préférant filtrer les appels. Aux murs, hormis ses deux diplômes universitaires, une reproduction du Guernica de Picasso et un tableau de la Cène qu'un peintre polonais, dont le nom lui échappe, lui a offert.
Sa notoriété soudaine, Gerald Kellman la doit à Barack Obama : en 1983, alors community organizer, il avait embauché le futur président des Etats-Unis comme activiste social, pour mobiliser les travailleurs des grandes aciéries de la région, qui fermaient alors les unes après les autres. Kellman aurait sans doute continué à travailler dans l'ombre si Obama n'avait insisté sur ces années de militantisme qui lui ont fait choisir, à 24 ans, Chicago comme port d'attache.
C'est le seul aspect sur lequel Kellman n'est pas modeste. On perçoit, derrière le ton monocorde, une fierté d'avoir amené Obama au travail d'organisateur communautaire. Certes, engager le jeune homme fut un hasard. Obama avait répondu à une annonce malgré le maigre salaire initial de 10 000 dollars par an, et Kellman avait besoin d'un Afro-Américain pour convaincre les églises noires de rallier son mouvement. «J'étais blanc, juif converti au catholicisme. Bref, je n'ins




