Des centaines d'hommes, serrés, debout à l'arrière de camions, remontent l'unique rue de Tagong. Moines en robes rouges, bergers en manteaux doublés de fourrure, le couteau à la ceinture. Ils lèvent les bras en signe de victoire. Devant le temple étincelant dans le soleil d'hiver, un millier de personnes et quelques yacks placides ont formé une haie d'honneur. Villageois et nomades descendus des plateaux sont venus sur leurs chevaux harnachés, les femmes ont sorti leurs lourdes coiffes de fête ornées d'os de yack et d'argent. La foule pousse des cris aigus, s'engouffre dans l'enceinte du monastère à la suite des camions. Deux garçons, la tête basse, sont menés dans les profondeurs du temple sous les huées : «Voleurs, pilleurs !» Dans la salle de prière, du riz et du thé au beurre fumants attendent les justiciers. Partis à 300 avant le lever du soleil à la poursuite des pilleurs de temple, ils n'ont rien avalé depuis près de dix heures.
Dans le Tibet verrouillé, constellé de casernes de la wujing, la police armée, la scène paraît inouïe. Toute cette longue journée, les policiers chinois de Tagong sont restés terrés dans leur local. L'expédition punitive aurait été montée à leur insu. «Ils savent, mais ils ont peur», se moque Adjie (1), une solide commerçante tibétaine, les joues écarlates de soleil et d'excitation. «La police, c'est nous», pérore Telsen, l'un des «combattants». «Nous savions où étaient les voleurs, nous sommes allés les




