Au mur du salon d'un petit appartement pékinois, un portrait à l'huile. Jiang Jielian sourit dans le survêtement rouge et blanc de son lycée, un bandeau rouge dans les cheveux. Il brandit la hampe d'un drapeau. Jiang Jielan est mort à 17 ans d'une balle dans le cœur, place Tiananmen dans la nuit du 3 au 4 juin 1989. L'unique portrait que ses parents ont accroché chez eux est tiré d'une photo prise pendant «l'incident politique», comme les dirigeants chinois continuent de nommer le sanglant printemps de Pékin.
Le bilan reste secret et l'événement n'est jamais évoqué, ni dans la presse ni dans les livres. Les Chinois le nomment entre eux liu si, «juin, quatre». Ceux qui ont aujourd'hui l'âge de Jiang Jielian n'en comprennent pas le sens. Il fut l'une des premières victimes de liu si, qui se compteraient par centaines : des étudiants, des lycéens, des citoyens à leurs fenêtres, de simples passants. «Un mois plus tôt, raconte sa mère, Ding Zilin, il était rentré à la maison en nous disant qu'il s'engageait aux côtés des étudiants en grève de la faim sur la place. On l'avait encouragé, son père et moi. Nous étions naïfs à l'époque.» Sous le portrait de son fils, elle a fait inscrire la date du 17 mai 1989 : «Celle de son engagement dans le mouvement démocratique.» A 73 ans, cette ex-enseignante de l'université du Peuple à Pékin, inscrite au Parti communiste chinois (PCC) jusqu'en 1989, veut poursuivre le combat de son fils unique. «Sa m




