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Albinos à en mourir

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En Tanzanie, où les croyances sur les pouvoirs magiques dus à l’albinisme persistent, meurtres et mutilations se sont intensifiées. L’Etat tente de démanteler les réseaux qui se livrent au trafic de chair humaine.

ParStéphanie Braquehais
DAR ES-SALAAM, envoyée spéciale
Publié le 09/03/2009 à 6h53, mis à jour le 09/03/2009 à 6h53

Dans la cour de récréation, la partie de foot est à peine entamée qu'un surveillant se précipite pour rajuster le chapeau d'un élève afin de mieux le protéger du soleil, très agressif à la mi-journée. Il va ensuite ouvrir la grille à un visiteur, qui, sacoche à la main, s'avance de quelques pas, visiblement mal à l'aise. «Kevin ! Ton père est là !» L'enfant de 7 ans se précipite dans les bras de son géniteur. Peinant à ouvrir ses yeux diaphanes, il colle son visage à l'homme, pour tenter d'en saisir une image floue. Kevin est albinos et vient d'arriver à l'internat Mitindo. C'est là, à une trentaine de kilomètres de Mwanza, qu'ont trouvé refuge près d'une centaine d'enfants souffrant de cette maladie génétique caractérisée par une absence de pigmentation de la peau, des yeux et des cheveux.

«Il était sur le chemin de l'école, explique son père,Matela Maroua. Trois hommes l'ont aperçu et ont crié : "Deal ! Deal ! [argent]" Ils ont essayé de le kidnapper, je suis arrivé à temps pour les faire fuir.» Un enfant blanc né de deux parents noirs est un phénomène qui, en Afrique, a toujours alimenté des croyances, qui voudraient que les albinos recèlent des pouvoirs magiques. Mais depuis deux ans, ces pratiques occultes ont viré en trafic éminemment profitable, touchant la Tanzanie, le Burundi et l'est de la République démocratique du Congo. L'an dernier, une quarantaine d'albinos, y compris des enfants en bas âge, ont été atrocement mutilés dans cette région pauvre

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