Ce fut une sauterie tropicale à l’ombre d’un des plus vastes cordons de misère du continent. La «rencontre pères et fils», qui réunit tous les trois ans les plus grandes fortunes d’Amérique latine avec leurs héritiers, s’est déroulée sous une brise caribéenne cette semaine à Carthagène, l’ancien port aux esclaves colombien. Parmi les invités, le nabab vénézuélien des médias Gustavo Cisneros, endurci au feu de la révolution bolivarienne, côtoyait le magnat Andronico Luksic, enrichi grâce aux mines de cuivre chiliennes, ou encore l’empereur mexicain Carlos Slim, troisième fortune mondiale.
Piscine d'ivoire. Ce dernier a dû trouver à la ville coloniale un air familier. Parmi les 60 % d'habitants vivant sous le seuil de pauvreté, beaucoup vivotent en vendant dans la rue des minutes d'appels téléphoniques depuis un portable de son entreprise, Comcel, opérateur dominant en Colombie, et ceux qui ont une télévision rêvent de pouvoir un jour s'abonner à Telmex, son distributeur de chaînes par câble.
Certains de ces pauvres diables - 3 500 familles - ont le privilège de vivre sur l’île paradisiaque de Barú, où l’hôte colombien Julio Mario Santo Domingo, vendeur de bière qui a réussi, tenait une résidence secondaire à disposition de ses pairs. Mais ces heureux natifs de l’île y habitent, eux, dans des maisons de planches au sol nu, sans eau courante ni électricité.
Les invités de Santo Domingo ne se sont pas pour autant enfermés dans leur piscine d’ivoire. Ils ont défié la chaleur




