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Interview

Khadija Mohsen-Finan «Les élections sont devenues un rituel vide de sens»

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Khadija Mohsen-Finan, enseignante à Sciences-Po Paris :

Publié le 09/04/2009 à 6h51

Khadija Mohsen-Finan, spécialiste du Maghreb, est chercheuse à l’Ifri et enseignante à Sciences-Po Paris.

Bouteflika est au pouvoir depuis dix ans, quel est son bilan ?

Il est arrivé au pouvoir pour rétablir la paix, redresser l’économie et repositionner le pays sur la scène internationale. L’Algérie a retrouvé sa place. Mais il n’a pas réussi à réformer l’économie, il aurait fallu toucher à la redistribution de la rente pétrolière, et c’est très politique. Et, sur le plan de la paix civile, la violence a nettement reculé par rapport aux années 90. Mais elle n’a pas disparu.

L’islamisme armé menace-t-il toujours l’Etat algérien ?

Aujourd’hui, la violence islamiste s’inscrit dans le jihadisme mondialisé d’Al-Qaeda. Le Groupe salafiste pour la prédication et le combat, né en 1998 d’une scission du GIA (Groupe islamique armé), s’est relancé en adoptant le label Al-Qaeda. Il a adopté des modes d’action venus du Proche-Orient, comme l’attentat kamikaze. La volonté de mettre en place un Etat islamique n’est pas aussi forte et organisée qu’à l’époque du FIS (Front islamique du Salut). Mais cette violence n’est pas «résiduelle» comme disent les autorités. Depuis 2007, les attaques se produisent au centre d’Alger.

Pourtant, le pouvoir n’hésite pas à flatter le sentiment religieux…

En 1999, Bouteflika avait la réconciliation nationale à offrir à la société. Mais, aujourd’hui, il y a essoufflement, il n’a pas grand-chose à proposer, d’où un repli identitaire et le recours à un islamo-nationalisme qui donne aux gens le sentiment d’être dans une certaine authenticité. Il y a clairement un divorce entre le pouvoir et la société.

On dit souvent que l’Algérie est un pays riche avec une population pauvre : avec 140 milliards de dollars de réserves de change et un chômage élevé, il semble que ce soit plus que jamais le cas ?

D’abord, il y a un problème de redistribution d

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