L'homme en bleu marine prend les jumelles que lui tend l'officier en tenue de camouflage. «C'est bien un char. Là aussi. Je vois deux BMP 2 et même un T 72. Je vois bien son canon, il est pointé vers nous.» L'homme en bleu est un gendarme français, l'officier est géorgien. Tous deux parlent en russe. Ils sont sur une position élevée d'où ils observent les mouvements des troupes russes en contrebas. Ils se trouvent en plein milieu d'un cimetière. Toutes les tombes y ont au moins vingt ans, le temps que dure le conflit, tantôt larvé, tantôt gelé, tantôt ouvert, qui oppose, depuis l'effondrement de l'Union soviétique, la Géorgie à la petite Ossétie du Sud, une région autonome appuyée par la Russie, le grand frère qui a reconnu cet été son indépendance. Le gendarme français fait partie des 240 membres de la mission d'observation de l'Union européenne, l'Eumm, dépêchée pour surveiller les accords de cessez-le-feu conclus en août
C'est même, assure-t-on à Paris, le plus beau succès de cette présidence française. Avoir arrêté, après moins d'une semaine de combats, la guerre entre la Géorgie et la Russie, un conflit qui a quand même fait autour de 300 morts. Huit mois plus tard, le succès diplomatique de la France ressemble plutôt sur le terrain à une victoire russe. «Ici, c'est la frontiérisation. La ligne administrative se transforme en frontière. Les forces militaro-policières sont face à face et ne communiquent pas», dit le lieutenant-colonel Jean-Patrick Boudie




