C’est une photographie en noir et blanc du début des années 60, prise au temps de la splendeur : John est président des Etats-Unis, Robert, ministre de la Justice, et Edward, «seulement» sénateur du Massachusetts. Il n’y a pas que cette hiérarchie du pouvoir qui distingue les trois frères. Leur mise aussi. Si les deux aînés cultivent le tweed légèrement avachi et le polo à col ouvert, summum du style «week-end cool chez les rupins de Hyannis Port», leur cadet porte cravate et a boutonné sa veste. Pas coincé non, mais un peu trop serré.
Sur une autre photo de la même époque, ils sortent tous trois de la baignade, à égalité dans leur presque nudité en boxer-short. Des gars poilus et baraqués. Sauf que ça ne va toujours pas avec Edward.
Certes, il a autant de dents exagérément blanches que ses chers frères, mais son visage semble avoir cumulé tous les défauts des parents : la mâchoire prognathe de maman Rose, le regard tombant de papa Joseph.
Alors quoi ? Le moins sexy, le plus moche ? En tout cas le plus jeune, ce qui dans une famille nombreuse est peut-être le pire handicap, car invisible et indicible : Edward, le dernier des neuf, si l’on compte le frère aîné, Joe, mort à la guerre en 1944 et de ce fait héros. Ce qui ne devait pas être le moindre fardeau dans une fratrie où la course à l’excellence devait peser des tonnes. Quant au cul ! Le seul des frangins qui ne se soit pas fait Marylin.
Ses frères et sœurs avaient surnommé le jeune Edward du nom d’une peluche fameuse : Teddy




