La Révolution culturelle chinoise a fasciné les plus grands intellectuels français. L’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm, à Paris, fut l’épicentre de la propagande maoïste française. Ex-militant de la Gauche prolétarienne (GP), Jean-Claude Milner, à l’époque normalien, éclaire l’énigme d’un engouement pour un régime déjà totalitaire.
Pourquoi de grands intellectuels français, comme vous et beaucoup d’étudiants de l’Ecole normale supérieure, se sont-ils emballés pour la Révolution culturelle chinoise ? Comment avez-vous pu être fasciné par un mouvement qui détestait les intellectuels ?
Je vais vous révéler un grand secret : les intellectuels n’aiment pas les intellectuels. Il ne faut donc pas s’étonner qu’un mouvement qui montre une certaine méfiance à l’égard des intellectuels soit précisément un mouvement politique qui puisse séduire les intellectuels. Mais pour moi, la Révolution culturelle, dans la période où elle a compté, considérait justement la culture et le savoir comme un tout. D’un certain point de vue, c’est l’image renversée de l’Encyclopédie. La culture dans son ensemble, le savoir dans son ensemble sont frappés d’un soupçon.
L’idéal de Mao était d’envoyer aux champs les intellectuels pour leur apprendre autre chose que l’érudition et la culture. Approuviez-vous cela ?
Revenir sur la séparation du travail intellectuel et du travail manuel était absolument évident. Ce mouvement s'appelait «l'établissement» [il consistait à travailler en usine, ndlr] et répondait en France au même questionnement. La division entre travail manuel et travail intellectuel fait partie de la littérature marxiste la plus basique.
Comment la Gauche prolétarienne a-t-elle prospéré ?
Il faut faire une différence entre le maoïsme français d'avant 68 et celui d'après. Pour les maoïstes d'avant 68, représentés essentiellement par l'UJCML [Union des jeunesses communistes marxistes-léninistes], ce qui compte surtout, c




