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Libération

La tour (Eiffel) et ses atours

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Vu de Paris

ParJohann Chapoutot
Maître de conférences en histoire contemporaine, spécialiste de l’Allemagne, à l’université Grenoble
Publié le 09/10/2009 à 0h00

Le Front national appelle à manifester, samedi, contre le «travestissement» de la tour Eiffel, décorée aux couleurs turques pendant la durée de la visite en France du président Abdullah Gül (lire ci-contre). «Français, vous avez la mémoire courte», pourrait-on répondre au FN, comme disait le maréchal Pétain… La tour Eiffel ne fut pas conçue ni construite pour être une icône patrimoniale ou nationale : pendant prestigieux au Crystal Palace britannique de 1851, elle devait illustrer, pour l'Exposition universelle de 1889, le génie industriel français. Porte-drapeau de la IIIe République et des ingénieurs hexagonaux, la tour Eiffel a vite servi de support promotionnel. En 1925, le génie publicitaire d'André Citroën imagine une utilisation spectaculaire du monument : à l'occasion de la «Croisière noire», organisée par le constructeur, le nom de la marque aux chevrons s'affiche en lettres gigantesques et électriques entre le deuxième étage et le sommet de la tour.

En 1940, la publicité cède à la propagande : l'occupant allemand déploie une impressionnante banderole qui proclame un démoralisant «L'Allemagne vainc sur tous les fronts», tandis que d'autres slogans ornent certaines façades emblématiques de Paris, comme le palais Bourbon. L'objectif est clair : Goebbels veut ajouter à l'occupation territoriale l'appropriation symbolique, l'aigle et la croix gammée venant frapper le symbole de la démocratie française et de la Ville lumière.

Une fois les bannières nazies

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