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Interview

«A l’époque soviétique, on internait, aujourd’hui on tue»

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Hélène Blanc, politologue, dénonce le retour en force du KGB :

Publié le 27/11/2009 à 0h00

Politologue et criminologue, Hélène Blanc explore depuis vingt ans le monde de la mafia russe. Auteure, avec Renata Lesnik, des Prédateurs du Kremlin (Seuil, 2009), elle explique comment le KGB a repris en main les affaires russes.

Selon Transparency International, la Russie se trouve parmi les pays les plus corrompus de la planète. Comment en est-on arrivé là ?

La corruption est quelque chose qui existait déjà dans le monde soviétique. Il fallait gérer le problème de la pénurie de biens de consommation et les gens ont pris l'habitude de faire du troc, par exemple d'échanger un lapin contre des gants. Le marché noir s'est développé et la corruption est devenue partie intégrante de la culture soviéto-russe. Les fonctionnaires sont devenus des criminels en col blanc. Un simple coup de tampon se monnaye. Il y a un tarif pour chaque geste que fait un employé d'Etat. Cela se chiffre en milliards de roubles. Rien qu'en 2006, cela s'élevait à 230 milliards de roubles [5 milliards d'euros, ndlr]. A cela s'ajoute l'argent que dépensent les entrepreneurs, pas seulement russes, pour remporter des marchés. Les Russes acceptent tout ça. Cela fait partie du mode de vie. Et comme le gouvernement ne fait rien, malgré ses assurances formelles, la corruption ne fait que se développer.

Comment caractérisez-vous la Russie de Poutine ?

Poutine a installé au Kremlin une nouvelle idéologie, une espèce de national-tchékisme, une sorte de supranationalisme arrogant et agressif. Il ne dit pas KGB mais se réfère à la Tchéka, son ancêtre noble créé par Lénine en 1917. Le KGB est un phénix qui renaît sans cesse de ses cendres. Longtemps, on nous a fait croire qu’il

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