Il repose, le regard dans le vide, les deux jambes criblées de chevrotine. Il y a encore un an et demi, il était lycéen en Guinée Conakry. Dans son lit d'hôpital, à Gioia Tauro, le grand port de Calabre, Namouri Konate ressasse sa détresse : «Je n'ai pas d'avenir, pas de papiers, pas d'argent, pas de travail et maintenant j'ai peur.» A Rosarno, distante de 9 kilomètres, il était arrivé il y a deux mois dans l'espoir de récolter, comme l'année dernière, les clémentines ou les oranges pour 25 euros par jour, ce qui correspond à neuf heures de labeur. Puis il avait prévu de partir à la fin de la saison en direction des Pouilles pour ramasser les tomates, au même tarif. «Cette année, il y avait peu de travail à Rosarno. Nous, les Africains, les caporaux[recruteurs qui peuvent être des immigrés, ndlr] nous prenaient seulement les jours de pluie et nous mettaient sur les mauvais terrains. Souvent les jeunes du village nous fonçaient dessus en voiture quand nous rentrions des champs.»
Le vendredi 15 janvier, ils lui ont tiré dessus. La veille, deux autres Africains, dont le Togolais Saibou Sabitiou, son voisin de chambre à l'hôpital, avaient été visés par des tirs de fusil à air comprimé. «L'année dernière aussi, ils avaient tiré sur les Africains. Cette fois, on a réagi, explique amèrement Namouri Konate. On nous disait de nous calmer, mais on ne peut pas se calmer quand on nous traite comme des animaux.»
Au début de la semaine d




