Sur la table de chevet de sa chambre d'hôtel, un livre : l'Afrique humiliée, signé par l'ancienne ministre malienne du Tourisme, Aminata Traoré. Mais chez Marc Ona Essangui, aucune once de revanchisme ou de déploration postcoloniale. Calé dans son fauteuil roulant - il a contracté la poliomyélite enfant -, le patron de la petite mais dynamique ONG Brainforest (une quinzaine de permanents, le double de volontaires) parcourt la planète pour tenter d'empêcher la destruction de la forêt primaire du Gabon. Il était ainsi à Copenhague, début décembre, lors du sommet sur le climat. Entamé il y a dix ans, son combat a été couronné, en mai 2009, par l'attribution du prestigieux prix Goldman, décerné par une fondation américaine en faveur des défenseurs de l'environnement. 900 000 euros de récompense.
Le jackpot n’est pas monté à la tête de ce père de trois enfants (dont des jumeaux), marié à une secrétaire : il vit toujours dans son modeste appartement de Libreville, la capitale du Gabon. Cette reconnaissance internationale le protégera-t-elle, désormais, des foudres du pouvoir ? Pas sûr. Il y a un an, Marc Ona avait été jeté en prison avec plusieurs activistes gabonais. Tous étaient accusés de vouloir déstabiliser le gouvernement alors que le président Omar Bongo se mourait. Sous la pression internationale, suite notamment à un courrier officiel de la speaker de la Chambre des représentants des Etats-Unis, la démocrate Nancy Pelosi, cet homme timide de 47 ans a été relâché,




