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Interview

«L’Etat français doit des excuses aux Rwandais»

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André Guichaoua, professeur à Paris-I et témoin-expert près le TPI pour le Rwanda :

Publié le 25/02/2010 à 0h00

André Guichaoua, professeur à l'université Paris-I et témoin-expert près le Tribunal pénal international pour le Rwanda, vient de publier Rwanda : de la guerre au génocide (édition La Découverte). Il y revient longuement sur le rôle joué par la France, notamment de 1990 à 1994.

Comment expliquer l’implication de la France dans la guerre au côté du régime Habyarimana contre le Front patriotique rwandais (FPR) en 1990 ?

Depuis 1975, la France s'était substituée aux Belges pour assurer la stabilité de la région des Grands Lacs. Le Rwanda apparaissait comme un pied-à-terre solide. A cette époque, il n'y avait pas de critère francophone ou de défense du pré carré. En 1990 [après l'attaque du FPR, ndlr], la France n'a pas été la seule à intervenir. La Belgique et le Congo aussi. Personne ne contestait la légitimité de l'intervention militaire française face à une rébellion largement désavouée par la majorité des pays riverains à l'époque. La France soutenait un régime qu'elle estimait légitime. Le problème, c'est que la France n'a pas analysé les arcanes de ce conflit qui commençait à prendre une dimension régionale. Elle n'a pas réalisé que, dans l'ensemble de la sous-région, la question des réfugiés [tutsis] était devenue explosive.L'appui au régime en place au Rwanda a été considéré comme la seule issue possible. Or, en février 1993, l'offensive du FPR a mis en évidence l'échec des efforts pour restructurer l'armée rwandaise et de la présence militaire française. Dès ce moment-là, il est clair qu'il n'y a pas d'issue militaire au conflit et qu'il faut négocier. La France ne l'a pas compris ou

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