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Interview

«Aux Etats-Unis, solidarité évoque socialisme»

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Jeffrey Levi, spécialiste de la santé, analyse la réforme Obama, dont le texte passe à la Chambre des représentants ce week-end.

Le président américain Barck Obama le 18 mars 2010 à Washington (AFP Saul Loeb)
ParLorraine Millot
Washington, de notre correspondante
Publié le 19/03/2010 à 0h00

Jeffrey Levi est directeur du Trust for America’s Health, une organisation qui a soutenu la réforme de la santé défendue par Barack Obama, tout en reconnaissant qu’elle sera encore très imparfaite.

Pourquoi est-il si difficile de réformer le système américain de la santé ?

Je pense que la réforme va finalement être adoptée, mais c’est très difficile car on touche à nos fondements culturels. Toute notre histoire est nourrie de suspicion envers le gouvernement. Et la notion de solidarité n’a pas aux Etats-Unis la même valeur qu’en Europe. C’est un paradoxe pour un pays qui se veut aussi religieux que les Etats-Unis, mais ici, solidarité évoque «socialisme»… C’est comme un anathème. Parmi les arguments en faveur de la réforme, vous entendrez même rarement qu’elle permettrait une couverture égale pour tous. Ce n’est pas un objectif jugé désirable.

Mais le système américain est le plus coûteux et le plus aberrant au monde, n’est-ce pas irrationnel de le défendre ?

La majorité des Américains ont une assurance et la plupart en sont plutôt contents. Mais il est vrai qu’il y a là beaucoup d’irrationnel. Actuellement, les assurés paient pour les non-assurés qui n’ont souvent d’autre choix que de se faire soigner aux urgences. Cela nous coûte très cher, mais c’est un coût caché. Là où nous sommes même dans la schizophrénie complète c’est que nous avons aussi des assurances publiques : les programmes Medicare et Medicaid, qui couvrent les retraités et les p

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