On a beaucoup écrit, ici même, sur ce que fut l’Irak de Saddam Hussein : un régime totalitaire et sanguinaire, dirigé par un gang mafieux et fascisant, qui avait érigé la torture comme mode de gouvernement, et dans lequel pourtant de puissants lobbies français, de droite comme de gauche, voyaient un modèle de laïcité et de modernité.
Ces années de plomb, un étudiant irakien a choisi de les relater tel qu'il les a vécues au sein d'une modeste famille chiite de Bagdad. Le témoignage de Hameed Nasser n'apporte pas de révélations mais dit bien la façon dont les Irakiens, les chiites mais les sunnites aussi, durent composer avec la tyrannie pour survivre : «Qui dira jamais la somme du malheur des Irakiens sous cette implacable dictature.» Sa famille n'est pourtant pas contestataire. Comme tant d'autres, elle veut simplement éviter que ses fils soient happés par l'abominable armée de Saddam, où l'on apprend davantage l'humiliation et la brutalité que le maniement d'un fusil ; et qu'ils périssent sur les champs de bataille d'Iran, du Koweït ou du Kurdistan - ce qui arrivera à Ahmed, son frère aîné.
L'Irak a laissé une grande partie de son âme sur les champs de bataille. Ce que l'on savait moins, c'est combien la désertion était «la préoccupation sociale dominante» des Irakiens. «Le régime tenta de contrebalancer cette sécession de la jeunesse en recourant à une folle exaltation idéologique du sacrifice, du don de soi, du martyre, vertu cardinale de la conception




