A Shangezhuang, les «fourmis» de la révolution industrielle chinoise logent dans des taudis aux murs faits de brique nue, de tôles, de carcasses de réfrigérateurs et d’écrans de télévision empilés comme autant de parpaings. La zone est spécialisée dans la récupération et le tri des déchets. Les venelles de ces vastes villages d’infortune bâtis, avec les rebuts de Pékin, à deux pas du cinquième périphérique de la capitale, sont constellées de boue et de décharges. Quelques robinets publics pallient à l’absence d’eau courante. Depuis le début du boom économique chinois, près de 200 millions de travailleurs issus des campagnes se sont installés dans les villes et les zones industrielles.
Ces mingong («paysans devenus ouvriers») n'ont pas la vie facile. Beaucoup s'estiment malgré tout heureux d'avoir déserté leurs terres ingrates, même à Shangezhuang. «Presque jamais, dans ma jeunesse au village, je n'ai pu manger de viande. Tandis que maintenant, je peux travailler, gagner de l'argent et me nourrir à ma faim», dit Zhou Weiguo, un ancien paysan du Henan qui gagne sa vie en tirant une charrette de détritus en plastique montée sur des roues de vélo. Il penche pour ce labeur étique plutôt que pour le travail en usine ou sur les éreintants chantiers de construction, où triment beaucoup des siens. Trouant les brumes de l'hiver, on aperçoit au loin les tours d'acier et de verre de Pékin, érigées par ce sous-prolétariat sans lequel le miracle économique chinois n'aura




