Policé est peut-être le mot qui lui convient le mieux. A 51 ans, la voix posée, les mains qui parlent en douces volutes, le regard vif et la mèche en bataille, le cinéaste russe Andreï Nekrassov est un intellectuel engagé, dans le droit fil de la dissidence de l'époque soviétique, une espèce rare et menacée dans un pays qui a renoué avec l'autocratie. «Plus le temps passe, plus je me définis comme un militant, mais je n'ai pas toujours été ainsi», dit l'homme qui vient d'achever son troisième documentaire critique des années Poutine. En un temps record, il a fait le déplacement de Paris, Genève et Bruxelles, tous lieux symboliques du combat des droits de l'homme, pour lui assurer une diffusion qu'il ne peut pas avoir dans son pays. «Les directeurs de salle me disent : "Non, tu comprends, on ne peut pas…"» Les portes se ferment. Lui-même vit désormais plus souvent en Allemagne et en Finlande qu'à Saint-Pétersbourg. N'a-t-il pas peur de terminer assassiné comme la journaliste Anna Politkovskaïa ? Le mot «peur» le rebute. «Je reçois des menaces. Bien sûr qu'on y pense», lâche-t-il un peu contre son gré.
Russian Lessons est le titre de ce dernier film, un long métrage où sa femme et lui, tirés de leur léthargie estivale dans leur appartement de Saint-Pétersbourg par la guerre russo-géorgienne d'août 2008, décident d'aller voir chacun d'un côté de la frontière ce qu'est cette leçon que la Russie vient d'infliger à un pays bien plus petit et bien




