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Libération
Interview

«Une hypocrisie internationale»

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Publié le 10/04/2010 à 0h00

Chercheur émérite au CNRS, Gérard Prunier est spécialiste du Soudan. Il a notamment publié le Darfour : un génocide ambigu (La Table Ronde, 2005).

Les principaux partis d’opposition, dont le SPLM et l’Oumma, boycottent ce scrutin. Quel sens a-t-il aujourd’hui ?

Il n'en a plus. Un certain nombre d'observateurs dont l'ONG Enough, dirigée par John Prendergast, avaient déjà dit il y a quelques mois que ces élections, pour lesquelles la communauté internationale va dépenser des centaines de millions de dollars - 50 millions [37 millions d'euros, ndlr] rien que pour les Etats-Unis - non seulement ne servaient à rien, mais étaient nocives.

Parce qu’elles vont servir à relégitimer Omar el-Béchir, accusé de crimes de guerre et contre l’humanité par la Cour pénale internationale (CPI) ?

Si le scénario électoral avait fonctionné comme prévu, on aurait en effet abouti à ce résultat paradoxal. Seulement, les choses ne se sont pas passées comme prévu. Les «idiots utiles», comme disait Lénine, se sont rebiffés. C’est le sens du mot d’ordre de boycott des principaux partis d’opposition. Le régime a voulu trop en faire en manipulant les délimitations des circonscriptions, en trafiquant les listes électorales et en nommant une commission électorale à sa botte. Cette accumulation de tripatouillages a fini par dégoûter l’opposition. Résultat, le processus électoral est un échec non seulement pour la communauté internationale, mais même du point de vue de Béchir, qui voulait en faire une démonstration.

Comment jugez-vous l’attitude de la communauté internationale ?

C’est consternant. On est dans la schizophrénie la plus complète. D’un côté, on crée des institutions et on les laisse fonctionner, comme la CPI ; de l’autre, on fait comme si elles n’existaient pas et on va observer un scrutin taillé sur

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