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La Pologne libérée de l’histoire

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ParBernard Guetta
membre du conseil de surveillance de Libération.
Publié le 14/04/2010 à 0h00

Seule la réalité pouvait inventer cela. Sauf à braver l’invraisemblance, aucun auteur n’aurait pu concevoir une telle tragédie, cette unité de lieu et ce faisceau de convergences qui auront conduit la Pologne à refermer, samedi, une si longue page de son histoire pour vraiment entrer, d’un coup, d’un crash, dans ce siècle.

Ce n’est pas seulement que ce pays ait perdu, là, son président. Ce n’est pas seulement que tout l’Etat polonais ait été décapité par ce même accident d’avion puisque les plus hauts représentants des Corps constitués se trouvaient à bord, aux côtés de Lech Kaczynski et des dirigeants de son parti, Droit et Justice (PiS), la grande formation de la droite qui a ainsi été décimée en quelques secondes. C’est également - mais ce n’est pas tout - que cet aréopage n’accompagnait pas le Président dans une quelconque visite officielle.

Ministres et généraux, élus et hauts fonctionnaires se rendaient avec lui à Katyn, forêt de l’ouest de la Russie où 22 000 officiers polonais avaient été assassinés, en 1940, l’un après l’autre, d’une balle dans la nuque, par les services secrets soviétiques. Vieille habitude germano-russe, Hitler et Staline venaient, à l’époque, de se partager la Pologne. Leurs armées y avaient fait d’innombrables prisonniers et, se souvenant des difficultés des tsars avec ce pays, Staline ne voulait pas que les plus instruits de ces officiers puissent prendre, un jour, la tête d’une révolte contre l’URSS.

Le crime est commis et, lorsque l’URSS change

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