Vice-président d'International Crisis Group, un think tank implanté au Kirghizistan depuis dix ans, Alain Deletroz milite en faveur du déploiement d'une force internationale pour stabiliser la région.
Pourquoi la situation au Kirghizistan est-elle accueillie dans l’indifférence alors que la guerre en Géorgie avait suscité tant d’intérêt ?
La Géorgie se trouve sur l’ancienne ligne de fracture Est-Ouest, avec l’Ossétie du Sud tournée vers Moscou et la Géorgie de Mikhaïl Saakachivili tournée vers l’Otan. C’est le seul conflit au monde où on avait des soldats russes face à des instructeurs américains, ce qui a accentué l’intérêt médiatique. Je suis surpris de cette indifférence envers le Kirghizistan. Car ce pays doit son instabilité en partie à l’Afghanistan, où toutes nos nations, je pense à la France ou au Canada, ont perdu beaucoup d’hommes. Il est donc étonnant que personne ne veuille s’y engager. En fait, la région d’Och était visiblement tombée dans les mains de groupes mafieux devenus très puissants à l’époque du président Bakiev. Les caïds de la drogue ont été vus pendant les incidents. Tout le Sud était devenu un corridor de transit pour la drogue d’Afghanistan.
Serait-ce la seule explication ?
Ce qui s’est passé est plus complexe. Il y a une grande misère sociale dans le Sud, et le sentiment d’être abandonné du pouvoir. Djalalabad, l’autre grande ville du Sud, était le fief de Bakiev. C’est là qu’il s’était réfugié après sa chute. Les Kirghiz du Sud étaient plutôt pour lui. Et la minorité ouzbèke, de 600 à 700 000 personnes, pour le gouvernement de transition qui l’a renversé. Les plus fortes tensions étaient sociales et politique




