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Libération

Cocaïne : la Colombie bat le Pérou en brouillant les lignes

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Publié le 03/07/2010 à 0h00

Aldo Lale-Demoz était fier d’annoncer la nouvelle, le 22 juin : la Colombie n’est plus la première productrice mondiale de feuilles de coca, matière première de la cocaïne. Selon le représentant à Bogotá de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), qui publiait son rapport annuel, le pays a ramené sa production en dessous de celle du Pérou.

L'annonce a fait le bonheur du gouvernement colombien, engagé depuis plus de quinze ans dans l'aspersion d'herbicides, par avion, sur la moindre parcelle de coca. Mais, très vite, le collègue de Lale-Demoz à Lima, Flavio Mirella, l'accusait de triche : les Colombiens calculeraient le poids des feuilles séchées au four, et les Péruviens celui des feuilles séchées au soleil, ce qui les fait peser plus lourd… Un débat de cuisine un peu surréaliste. «Nous hachons la feuille tout de suite après la récolte, encore fraîche», explique un cocalero du sud-ouest de la Colombie, qui n'a ni four ni séchoir. Sur le fond, rappelle en tout cas Mirella, la Colombie est toujours championne du monde en nombre de tonnes de cocaïne produites.

Le pataquès de l'ONUDC est surtout venu souligner les manœuvres des fonctionnaires pour montrer des résultats dans la lutte antidrogue. Dans la rédaction des rapports, «il y a un conflit entre rigueur et politiquement correct», s'amuse l'expert en drogues Francisco Thoumi, qui a travaillé avec l'ONU. En Colombie, les estimations annuelles de l'organisme, qui trahissaient un

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