Quand il a débarqué, il y a dix ans, à l'hôpital de Khayelitsha, dans la banlieue du Cap, Eric Gomaere s'est entendu dire par l'infirmière en chef : «Vous n'allez pas ramener les malades du sida ici. Ces gens-là vont tous nous infecter.» «Mais les malades sont déjà là, Madame, tout autour de vous», lui a répondu le docteur belge, envoyé par Médecins sans frontières (MSF) pour lutter contre la pandémie dans ce township défavorisé de la deuxième ville d'Afrique du Sud. «Le refus de la maladie était terrible, se souvient-il. Tout comme l'ignorance de ses modes de transmission.»
Pilote. A la toute fin des années 90, le taux de séroprévalence à Khayelitsha était de 15%. Il a doublé depuis. Mais ce chiffre, a priori alarmant, est accompagné d'autres données nettement plus réconfortantes. Ainsi le nombre de personnes testées annuellement est-il passé de 450 en 1998 à 45 000 aujourd'hui, tandis que la population de ce quartier champignon, mité par les taudis, a plus que doublé (Khayelitsha compterait actuellement 750 000 habitants). «Ici, 14 000 personnes vivent sous antirétroviraux (ARV), résume Eric Gomaere. Dans dix ans, elles seront 52 000. Khayelitsha est un bon résumé de là où en sera l'Afrique du Sud dans quelques années.» Le township, devenu un site pilote pour l'usage des ARV, est en effet un «laboratoire» grandeur nature pour l'Afrique du Sud. Une collection de tee-shirts accrochés au mur raconte la longue et dif




