Comme il se doit pour un virtuose de la finance, l’emploi du temps de William Browder est minuté, c’est même un petit défi que de l’épingler lors d’un passage à Washington, entre un rendez-vous avec le sénateur John McCain et une interview pour la chaîne télé Fox News. Mais Bill Browder n’est pas un requin ordinaire. Son grand-père, Earl Browder, fut secrétaire général du Parti communiste américain de 1934 à 1945. Son père est né en Russie, durant les années bolcheviques de ce grand-père. Et s’il est de passage à Washington, c’est pour parler des rechutes staliniennes de la Russie.
L'un de ses précurseurs, Alexandre Litvinenko, qui avait voulu comme lui dénoncer les crimes du régime russe, est mort dans d'atroces souffrances à Londres, en 2006, empoisonné au polonium, lui rappelle-t-on. «Je sais», répond Bill Browder, qui vit lui aussi à Londres avec sa famille, dont il refuse de parler pour raisons de sécurité. «Mais je n'ai pas le choix. Sergueï [Magnitski, son avocat, ndlr] a eu le courage de dénoncer ces crimes alors même qu'il était au fond d'une prison russe. Il est allé jusqu'à la mort. J'ai un devoir envers lui. Je dois lui rendre justice.» En novembre 2009, Sergueï Magnitski meurt en prison, à l'âge de 37 ans, après onze mois de détention pendant lesquels les autorités russes ont tenté en vain de le faire témoigner contre Browder. L'avocat avait découvert une escroquerie si colossale aux dépens de l'Etat russe qu'il s'imaginait que le droit




