Sur la pelouse, une petite borne indique qu'en ce lieu situé derrière la mairie, un bel édifice de style néomauresque enfin remis de ses blessures de guerre, un monument sera édifié en hommage aux courageux combattants de la 108e brigade du HVO, l'armée des Croates de Bosnie qui s'illustra dans la région lors du conflit de 1992-95. Il était le seul à manquer. A quelques centaines de mètres sur la droite, une statue commémore les vaillants guerriers serbes. Tandis que non loin de là, une autre sculpture appelle à compatir aux souffrances des musulmans martyrisés lors du même conflit. Au centre-ville, une association d'anciens prisonniers fédère les survivants du camp serbe de Lora où sévissait un homme qui se faisait appeler Adolf.
Jugement de Salomon. Dans cette Bosnie frappée d'hypermnésie, Brcko est la seule ville où coexistent les mémoires des trois communautés constitutives de la Bosnie : les Croates, les Serbes et les Musulmans (qui se font appeler Bosniaques). Ce n'est pas dû au hasard. Dernier litige territorial de l'après-guerre en 1995, la zone ne fut, par un jugement digne de Salomon, attribuée à personne. La donner aux Serbes qui la tenaient aurait été reconnaître leur victoire dans la bataille pour le corridor, cette bande de terre reliant les territoires peuplés de Serbes de l'est et de l'ouest de la Bosnie. La leur retirer au profit des musulmans qui y étaient majoritaires avant la guerre aurait été les déclarer perdants, créant ainsi




