Avant de prendre le bus pour se rendre dans sa ville natale de Tabou, à l'extrême ouest de la Côte-d'Ivoire, Sabine sirote une bière à l'ombre d'un «maquis» (un café) du quartier de Yopougon, à Abidjan. Dimanche, pour le second tour de l'élection présidentielle, elle votera pour le chef de l'Etat, Laurent Gbagbo. Pourtant, précise-t-elle, «si Alassane Ouattara est élu, il sera mon président et j'applaudirai, car j'ai décidé de pardonner. On n'a rien oublié de ce qui s'est passé durant cette crise, mais on ne veut plus de violence.»
A l'automne 2002, au début de la guerre civile consécutive à une tentative de coup d'Etat contre Gbagbo, Sabine, alors enceinte, a dû fuir la ville de Daloa (ouest du pays), attaquée par les rebelles. «J'ai marché des kilomètres et des kilomètres, et j'ai perdu l'enfant que je portais», confie la jeune femme de 29 ans. Sabine, qui était alors en terminale, n'a jamais pu reprendre ses études. Réfugiée à Yopougon, l'un des bastions du candidat Gbagbo, elle vit d'expédients : «Je vends des produits cosmétiques, des mèches.» Et s'occupe de ses neveux et nièces et de l'enfant qu'elle a adopté : un garçon originaire du nord du pays, abandonné par sa famille démunie. «Quand tu as vu le lion et que tu l'as entendu rugir, tu ne cours plus de la même manière», juge Sabine. Traumatisée par les souffrances liées au conflit, elle répète : «On ne veut plus la guerre !»
Rédemption. Alors que les passage




