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Malaises en sourdine au Quai d’Orsay

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Isolés à l’étranger, confrontés à des diplomates parfois tyranniques, les personnels en poste dans les ambassades sont incités à l’omerta. A l’heure où des suicides restent inexpliqués, des langues se délient.

Le Quai d'Orsay à Paris. (Reuters)
ParLorraine Millot
Washington, de notre correspondante
Publié le 16/12/2010 à 0h00

«Lors de mon premier poste à l'étranger, je ne faisais que pleurer le soir en rentrant chez moi. Si je n'avais pas eu de soutiens à l'extérieur, moi aussi j'aurais peut-être fini par me tuer…» Cela s'est passé il y a quelques années dans une représentation diplomatique française, au cœur de l'Europe. Viviane (1), la jeune femme qui témoigne, ne peut être identifiée : «Si on me découvre, explique-t-elle, je pourrais être renvoyée pour infraction à mon devoir de réserve.»

Comme des dizaines d’autres fonctionnaires du ministère français des Affaires étrangères (MAE) qui ont aujourd’hui décidé de parler sous couvert de l’anonymat, Viviane tente de rompre le silence. Pour témoigner, certains diplomates ont convenu de rendez-vous via des adresses mail privées, ou téléphoné depuis des cabines, comme dans un roman d’espionnage.

Dans les bureaux feutrés des ambassades ou consulats de France, se jouent parfois des drames du travail dont même le Quai d'Orsay à Paris semble tout ignorer. «Je reçois beaucoup d'appels à l'aide de collègues en poste dans le monde entier qui décrivent comment ils sont victimes de harcèlement au travail», témoigne Sandra Saldana, représentante du personnel à l'ambassade de Washington. En 2008, elle a fondé, avec des collègues, un site pour tenter de favoriser les échanges entre les quelque 16 000 agents du ministère éparpillés à travers le monde. Elle est aujourd'hui l'une des rares à oser dénoncer le problème ouvertement, pour tente

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