Pierre Vermeren enseigne l'histoire du Maghreb à l'université Paris-I. Il a notamment publié Le Maghreb (Ed. Le Cavalier bleu, 2010) et Maghreb, la démocratie impossible ? (Fayard, 2004)
Peut-on dire que le modèle tunisien est à bout de souffle ?
Oui, à double titre. D’abord, parce que le régime a promis à la population le bien-être économique en échange de l’absence de libertés. C’est en quelque sorte le modèle chinois : chacun est libre de s’enrichir et le parti s’occupe de tout. Mais la croissance n’a pas été assez forte pour faire oublier le reste. Par rapport à l’Europe, le revenu moyen tunisien reste 6 à 7 fois inférieur… Ensuite, le modèle de développement est extraverti, c’est-à-dire qu’il est basé sur le tourisme et la sous-traitance. Les emplois créés sont très peu qualifiés ; la croissance est vulnérable à la crise économique mondiale et les richesses restent confinées au littoral et aux grandes villes. Or, c’est justement à l’intérieur du pays qu’éclate régulièrement la contestation sociale.
Pourtant, la Tunisie semblait mieux partie que l’Algérie ou le Maroc…
Oui, c'est un petit pays, qui n'a pas à gérer 30 à 40 millions d'habitants. Dès l'indépendance, la Tunisie avait des atouts réels : une forte urbanisation, une scolarisation plus élevée des élites (près de 40%, contre 20% en Algérie et 10% au Maroc), qui sont par ailleurs réellement bilingues en français et en arabe. Bourguiba [écarté du pouvoir par Ben Ali, ndlr] a valorisé ce socle de départ en menant une politique volontariste d'éducation et de promotion de la femme.
Qu’est-ce qui distingue Bourguiba et Ben Ali ?
Bourguiba était un autocrate éclairé, fo




