Le régime tunisien s'est longtemps acharné à le présenter comme le «Khomeiny» de la Tunisie. Pourtant, le leader islamiste tunisien Rached Ghannouchi n'a rien de l'ayatollah chiite révéré par le petit peuple et le clergé, dont le retour avait scellé la chute du chah d'Iran. Depuis Londres, où il vit en exil depuis deux décennies, le chef du mouvement islamiste tunisien interdit Ennahda («renaissance») a assisté plus en spectateur qu'en acteur à ce qu'il appelle «la révolution». Joint par Libération, il annonce son retour d'ici «deux ou trois jours». Malgré l'insécurité que font planer les milices du pouvoir déchu et malgré la condamnation à la prison à perpétuité dont il a été l'objet en 1992. «Cette condamnation a été prononcée sous l'ancien régime. Elle n'a aucune valeur.» Même chose à propos de l'interdiction d'Ennahda, issu, à la fin des années 80, du Mouvement de la tendance islamique (MTI).
Libérés. Pourtant, tout avait bien commencé entre Ben Ali et Ghannouchi. Condamné à mort par Bourguiba, le leader islamiste est gracié par Ben Ali à son arrivée au pouvoir. En guise de «remerciement», Ghannouchi supprime toute référence à l'islam de l'intitulé de son parti et accepte le statut de la femme (particulièrement avancé en Tunisie, où polygamie et répudiation sont interdites), ainsi que l'avortement autorisé. Mais lorsqu'Ennahda décide de présenter des candidats aux élections de 1989, tout se gâte. Le parti prétend avoir




