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Libération
EDITORIAL

Pyromane

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Publié le 04/02/2011 à 0h00, mis à jour le 04/02/2011 à 7h58

A l’infamie d’une dictature trentenaire, Moubarak aura donc ajouté les crimes d’une fin de règne sanglante. Refusant l’exil quand il était encore temps, privé du pouvoir d’une armée qui se refuse jusqu’ici à mater l’insurrection populaire, le raïs envoie désormais ses nervis harceler, terroriser, lyncher ses opposants dans les rues du Caire. La peur et l’anarchie, la haine et le chaos, armes ultimes d’un tyran aux abois. Moubarak veut casser la belle unanimité du mouvement populaire, déconsidérer aux yeux du monde entier l’aspiration de millions d’Egyptiens à la liberté. Dans un même esprit délétère, la télévision officielle donnait hier le signal d’une nouvelle chasse à l’homme : sus aux journalistes étrangers, coupables d’avoir révélé au monde entier le courage inouï d’un peuple rejetant la misère et l’oppression. Le Caire-Pékin, même combat : quand sonne l’heure de la répression, les dictateurs ne veulent pas de témoins.

Cette tragédie égyptienne dit pourtant l’illusion d’un monde clos. Moubarak a d’abord tenté de couper Internet ; puis il a interdit la chaîne Al-Jezira, dont les images propagent la révolte dans tout le monde arabe ; enfin, il a ordonné le matraquage des reporters étrangers. Las, c’était sans compter sur les ruses de la technologie : les messages courent à nouveau sur la Toile, Al-Jezira a changé de canal sans même interrompre sa diffusion et les médias étrangers font leur travail, malgré d’énormes difficultés.

Chacun peut ainsi voir s’accumuler les pièces

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