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Libération
Tunisie, la révolution en trois actes

Kasserine, le point de non-retour

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ACTE II. Du 8 au 10 janvier, les forces d’élite du régime s’acharnent sur cette ville du centre-ouest, tuant une vingtaine de personnes. Ces journées de sang vont faire basculer le pays dans un soulèvement national.

ParChristophe Ayad
Envoyé spécial à Kasserine
Publié le 05/02/2011 à 0h00

Ici, la révolution n'a pas été de jasmin, mais de sang et de larmes. C'est sans doute à Kasserine que les émeutes, encore circonscrites au centre du pays, ont basculé dans le drame national le week-end des 8 et 9 janvier. Fadhel Boujidi, un menuisier du quartier al-Nour, se souvient très bien du premier mort : «Le quartier était agité depuis plusieurs jours. Ce samedi matin, on enterrait un jeune qui venait de se brûler, comme Mohamed Bouazizi à Sidi Bouzid. Il s'appelait Hosni Jerbi, de la cité Ennahda. Salah Dachraoui ne participait pas à la manifestation. Soudain, j'ai entendu un coup de feu, il est tombé, puis un deuxième, Raouf Bouzidi, venu le secourir.» Jamais les forces de l'ordre n'avaient encore tiré à balles réelles à Kasserine. C'est arrivé d'un coup, sans sommation. Deux morts, puis un troisième durant l'enterrement du premier. Le cycle infernal a duré trois jours, au terme desquels quinze à vingt personnes ont été tuées. Les habitants de Kasserine continuent de parler de «quarante martyrs» ; au plus fort de la répression, une source syndicale anonyme, largement reprise par les médias, avait même évoqué «au moins cinquante morts». Qu'importe le nombre, Kasserine a payé le plus lourd tribu à la révolution tunisienne.

Incendie et «club des martyrs»

Contrairement au reste du pays, la chute du régime Ben Ali n’a été suivie d’aucune manifestation de joie. Kasserine, une ville sans charme, entourée de montagnes et coincée entre deux oueds, se sent encore plus pauvre et ou

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