Des deux côtés du banc, aux abords des terrains de foot, ils font semblant de se tirer dessus. Ils ont 10 ans, des sucettes dans la bouche, et des jeans propres. «Pan ! Pan !» Cela s'appelle, disent-ils, le jeu de la «révolution». A proximité, avalant leur café latte, les parents, visage sombre, palabrent. «El Thawra» : la révolution. Le mot est sur toutes les lèvres. A vol d'ibis, l'île de Zamalek n'est distante que d'un kilomètre à peine de la place Tahrir, le cœur du volcan. Mais au Gezira Sporting Club, symbolique de l'Egypte d'en haut, le décalage est grand. Le calme règne sous les frondaisons, ne serait-ce la foule, plus nombreuse qu'à l'ordinaire, dans cette oisiveté forcée par la paralysie du pays depuis le début des troubles.
Bourgoisie. C'est un lieu étrange, fondé par les colons britanniques, nationalisé sous Nasser. Des dizaines d'hectares planqués derrière de hauts murs, où hippodrome, golf, tennis et marchands de glace accueillent de l'aube à la nuit plusieurs milliers de membres, ministres, rentiers, commerçants, informaticiens ou fonctionnaires. Il y a là l'aristocratie de Zamalek, présente déjà du temps des Anglais, à laquelle se sont ajoutés les rejetons des militaires après la révolution des officiers libres en 1952. Les nouveaux riches, à qui a profité l'infitah, la politique d'ouverture économique menée par Anouar el-Sadate. Une coterie fascinante, représentative des mutations de la bourgeoisie des soix




