Les fuites de WikiLeaks et le printemps arabe représentent deux transgressions jouissives - et connectées - des idées reçues et des ordres établis. Le monde retentit encore du pavé dans la mare diplomatique du pirate Julian Assange.
Ce grand déballage aura aidé les révolutions arabes. On sait aujourd'hui que la comparaison par l'ambassade américaine de la famille de Ben Ali à une «quasi-mafia» a servi de munition au peuple tunisien, d'autant plus connecté sur le Net que le régime avait asphyxié tous ses espaces de liberté. On sait aussi qu'en janvier 2010, la diplomatie française voyait dans la Tunisie «le pays le plus stable du Maghreb». Julian Assange, cet iconoclaste briseur de secrets, entretient en revanche sur lui-même et sa petite entreprise le plus épais des mystères. Il appartiendra aux justices anglaise et suédoise de juger de sa vie privée. Mais il est salutaire qu'autant de livres et enquêtes éclairent l'homme public, ses moyens et son projet politique. WikiLeaks, malgré sa courte vie, a déjà connu scissions et dissensions, comme le montre le compagnon historique d'Assange, Daniel Domscheit-Berg, dans le livre dont Libération a eu connaissance. De même, son autobiographie écrite alors qu'il n'était connu que de ses frères pirates des computers dessine un homme inquiet et inquiétant, anarchiste et paranoïaque. Sa forme de journalisme tient plus de la morale des hackers que des règles établies de la profession. Mais il faut lui reconnaîtr




