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Libération
Reportage

Tunisie: «Avant, on aurait été arrêtés pour avoir parlé de départ»

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A El Haouaria, ville la plus proche de l’Italie, les migrants se pressent pour tenter de quitter le pays et trouver «le rêve : un travail, une femme, une maison».

Des migrants débarqués à Lampedusa en Italie, le 13 février dernier. (REUTERS)
ParVéronique Soulé
Envoyée spéciale à El Haouaria (Tunisie)
Publié le 17/02/2011 à 0h00

«Si on trouve un moteur, c'est sûr, on part ce soir» : Mohamed, 20 ans, a déjà raté un départ pour l'Italie la semaine dernière. Avec d'autres jeunes sans emploi, comme lui, ils avaient prévu de prendre le large ensemble pour la Sicile depuis El Haouaria, petite ville côtière en face de l'Italie. Mais des copains l'ont grillé. Lorsqu'il est arrivé au lieu de rendez-vous en bas de la falaise, le bateau était loin.

Cette fois, pas question de rater sa chance. Mohamed et un nouveau groupe de candidats au départ ont caché une petite embarcation dans la forêt alentour. Ils cherchent maintenant à se procurer un moteur. A 1 800 dinars (900 euros), il est hors de question d’en acheter un. Mohamed, qui a arrêté une formation d’électromécanicien et vit de petits boulots, pense pouvoir en retaper un vieux. Signe des temps nouveaux, il parle de ses projets tout haut dans un café, sans peur des mouchards.

Boom. El Haouaria, ville de 10 000 habitants aux petites maisons blanches et aux ruelles escarpées, dans une région agricole plutôt pauvre, est l'un des points de départ des Tunisiens en mal d'émigration. Située sur la pointe avancée de la péninsule du cap Bon, elle a un avantage sur les autres : c'est la ville la plus proche de l'Italie, à soixante-quatre kilomètres à vol d'oiseau de la Sicile.

Comme la plupart de ces villes côtières, El Haouaria a connu ces dernières semaines un boom du nombre de fuyards. Le brusque vent de liberté après les années de peur, l’ef

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