D'abord hachée puis chevrotante, la voix se casse sur un sanglot : «Il faut nous aider, ce qui se passe là-bas, c'est un massacre. Tous les jours il y a des morts. Si cela continue, ils vont bombarder Benghazi, ils vont le faire.» Le médecin libyen qui s'exprime ne peut contenir son émotion. Il est en France, sa femme est restée à Benghazi, la grande ville du nord-est du pays, et il réussit de temps à autre à lui téléphoner.
Communiquer est devenu vital alors qu’il n’y a pas de journaliste étranger sur place, que les pays européens, dont la France, évacuent leurs ressortissants, qu’Internet est pratiquement bloqué et que les téléphones sont tantôt brouillés, tantôt coupés, mais aussi parfois opérationnels. Malgré ses efforts, le régime n’empêche pas toutes les informations et images de passer. A Tripoli, nombre de jeunes ont des abonnements à des opérateurs étrangers de téléphonie, ce qui leur permet de transmettre rapidement les vidéos prises sur leurs portables.
Gros calibre. Les manifestations anti-Kadhafi, qui ont éclaté après la chute des régimes tunisien puis égyptien, ont basculé dans la violence dans le nord-est du pays. «Benghazi a été libéré par le peuple. Les gens sont dans la rue. Samedi, ils ont marché sans armes sur la caserne et ont été massacrés», assure ce médecin qui affirme que les hôpitaux sont débordés. Les enterrements s'achèvent en scènes d'horreur : «Pour rejoindre le cimetière principal, en lisière de la ville, il




