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La martyre chinoise du tweet

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Pour la première fois, une journaliste a été condamnée à un an de «rééducation par le travail» pour une simple boutade sur Twitter. Signe que Pékin redoute la montée en puissance de la société civile.

La page d'accueil du site Twitter. (AFP Nicholas Kamm)
ParPhilippe Grangereau
Envoyé spécial à Wuxi (province du Jiangsu)
Publié le 23/02/2011 à 0h00

D'un geste prompt, Hua Chunhui démonte les batteries et les cartes à puce de ses deux téléphones portables, qu'il remise à sa droite sur la table du restaurant. «L'habitude», dit-il pour expliquer la surprenante agilité de sa manœuvre. «La police a peut-être placé un système d'écoute sur mes appareils.» Sa tragique expérience l'incite à redoubler de prudence. Employé d'une compagnie d'assurances, Hua Chunhui, 47 ans, devait épouser le 28 octobre sa fiancée, Cheng Jianping, de cinq ans sa cadette. «C'est ce jour-là qu'elle a été arrêtée. Le jour de notre mariage.» Deux semaines plus tard, elle a été condamnée à un an de «rééducation par le travail».

Son crime : un «tweet». Une phrase en huit caractères postée sur le site américain de microblogging Twitter : «Allez, jeunes en colère, foncez ! Allez-y !» C'était une simple boutade. Cheng Jianping s'adressait aux jeunes nationalistes chinois que le gouvernement avait laissé manifester à Pékin pour protester contre l'arraisonnement par le Japon de l'équipage d'un navire chinois au large des Senkaku, un archipel du Pacifique que se disputent les deux pays. Hua Chunhui explique : «Pour elle, comme pour moi, le chauvinisme est insupportable. J'ai posté un message sur Twitter pour ridiculiser ces nationalistes encouragés par le gouvernement. S'ils sont vraiment sincères, pourquoi ne s'attaquent-ils pas au pavillon japonais de l'Exposition internationale

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