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Libération

A Garyounes, la misère libyenne à l’état brut

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Au pays des pétrodollars, en banlieue de Benghazi, 67 familles vivent dans ce bidonville et crient leur dégoût du pouvoir.

Des manifestants anti-Kadhafi, à Benghazi, le 26 février. (REUTERS)
ParJean-Pierre Perrin
Envoyé spécial à Garyounes
Publié le 28/02/2011 à 0h00, mis à jour le 28/02/2011 à 12h52

La misère semble sourdre du sol : des détritus partout dans les ruelles, les placettes, les courettes des taudis, et même à l'intérieur. La misère semble tomber du ciel : les dernières pluies les ont transformées en cloaques. Pour entrer ici, il faut traverser une mare sur trois bouts de planche. Pour pénétrer là, fouler un matelas jeté en travers d'une flaque d'eau. A l'intérieur des masures, il y a quand même une vieille télévision qui braille en permanence, branchée sur Al-Jezira, la télévision qatarie. Sur l'écran, des images d'un moustazaqa (mercenaire) battu, piétiné par une foule en folie dans une petite ville libyenne. «Ce chien, c'est bien fait pour lui, il n'a que ce qu'il mérite», s'exclame Karim Boubaqer, 41 ans et père de six enfants, qui vient de céder l'une de ses pièces minuscules à son fils aîné, jeune marié. Dans les bidonvilles de Benghazi, on n'aime pas davantage Muammar al-Kadhafi que dans les beaux quartiers de la ville.

UN air fétide. Garyounes, c'est l'autre visage d'une Libye à l'opulente richesse, l'une de ses faces les plus noires, les plus cachées et un démenti violent à la phrase célèbre de son dirigeant : «J'ai bâti Benghazi brique par brique.» Les habitants du bidonville l'ont retenue et la répètent en montrant qui une bicoque aux planches disjointes, qui une baraque mêlant moellons et tôle ondulée, avec, pour l'une et l'autre, des toits approximatifs, faits de bâches de plastique maintenues par de lou

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