La télévision japonaise n’est pas en deuil, c’est le moins que l’on puisse dire. Assis derrière un bureau posé sur deux grosses boules dorées, deux clowns portant des perruques appellent des candidats à démontrer leurs talents sur une petite scène munie d’une trappe. Sous les applaudissements, le premier mime un borborygme, le second une flatulence. Tous passent à la trappe en déclenchant les rires claironnants des deux farceurs. A gauche de l’écran, un bandeau bleu, sur lequel est inscrit «Séisme de l’est du Japon», rappelle tout de même aux téléspectateurs de ce consternant show télévisé les jours et les nuits terribles que vivent des millions de Japonais.
Le décalage entre la tragédie qui se déroule dans le réel et la bouffonnerie jouée à l’écran n’en paraît pas moins grotesque. Les films de samouraïs, les shows télé, les publicités et les soap-opera ont tous survécu au drame du tsunami sur les écrans plats du Japon, peut-être parce que les autorités n’ont pas encore vraiment tiré le signal d’alarme. La télévision japonaise bourdonne toujours de petits cris et d’interjections de midinettes. Sur cette autre chaîne, une écolière teinte en blonde, portant des oreilles de lapin et une courte jupe mauve que prolongent de courtes jambes dodues, fait visiter les verdoyants sites touristiques du pays, se dandinant d’un lieu à l’autre, suivie par une caméra qui enregistre ses exclamations puériles.
Bulldozers. A l'opposé, certaines chaînes font défiler de longues li




