C’est un paysage d’avant la bataille. Une plongée «yougo-nostalgique» douce-amère, ironique, souvent cocasse, dans la Bosnie-Herzégovine suspendue entre la fin de la dictature communiste et la guerre fratricide qui s’annonce. On est à l’été 1991. La guerre a déjà commencé en Croatie voisine, mais la Bosnie, mosaïque ethnique où vivent Serbes, Croates et musulmans, est encore épargnée.
Grinçant. Divko, Croate bosniaque parti en Allemagne pour fuir le communisme, revient au village avec une rutilante Mercedes rouge - incontournable symbole de tout émigré balkanique qui a réussi - et une bombe rousse qui pourrait être sa fille. Il est plein aux as et croit que l'on peut tout acheter avec des Deutsche Mark. D'abord, il expulse de sa vieille maison sa femme (intense interprétation de Mirla Furlan) et son fils Martin, l'un et l'autre abandonnés lors de son départ. Puis la gentille comédie glisse par petites touches vers le tragique et les bruits de bottes. Un film inspiré, où intime et histoire se mêlent.
Bosniaque de Sarajevo, Danis Tanovic avait commencé à filmer en première ligne, en défendant sa ville. Emigré en Belgique pour finir ses études de cinéma, il avait fait sensation à Cannes en 2006 avec son premier film, No Man's Land. Deux hommes coincés dans une tranchée, ennemis et en même temps si proches, ayant connu les mêmes filles et écouté les mêmes musiques. Un huis-clos grinçant qui résumait l'absurdité de la guerre qui ravagea l'ex-Yougoslavie. A




