L'homme marche au milieu des décombres et du silence, un peu à l'écart. Il est tôt, la lumière est douce. Le contraste n'en est que plus cruel. Sur l'herbe rare, une quinzaine de corps épars, certains démembrés, d'autres figés et rigides comme du bois, le bras au-dessus de la tête comme pour se protéger, ou le poing levé, les yeux grand ouverts. Le promeneur marmonne, la tête enveloppée dans un châle. On l'accoste. «Quelle merde, quelle merde ! Voilà le résultat, merci Sarkozy ! ironise-t-il dans un français parfait. Je n'aime pas Kadhafi, il a foutu le pays en l'air, mais ce n'est pas comme ça qu'il partira. Ce que vos avions ont fait cette nuit, c'est trop, trop. Maintenant, la Libye est bloquée, ça sera la haine.» Il part sans un mot, sans vouloir dire son nom, ni discuter. Il est le seul.
Tous les autres badauds, des rebelles pour la plupart, se réjouissent. L'un arrive en brandissant un document du consulat tchadien de Tripoli : «Voilà la preuve que Kadhafi recrute des mercenaires pour nous tuer !» Samedi matin, une foule clairsemée était déjà là pour constater les résultats des raids aériens franco-britanniques de la nuit de vendredi, à l'entrée ouest d'Ajdabiya. Les chasseurs occidentaux n'ont rien laissé debout de l'armée de Kadhafi : une douzaine de tanks calcinés, des dizaines de véhicules de toutes sortes (orgues de Staline, petits lance-missiles BM21, jeeps, camions de transports de troupes et de munitions, automitrailleuses, DCA…). Des




