Ici, la guerre se grave à même la peau. Pour les tatoueurs de Fayetteville, grande ville de garnison en Caroline du Nord, ce conflit en Afghanistan est une aubaine. «Depuis cinq ans que je suis ici, le nombre de boutiques de tatouages a doublé, observe Biron Bacher, patron de l'une d'entre elles, nommée Skin Deep. Souvent les soldats veulent un nouveau tatouage avant leur départ, ils ne regardent pas à la dépense : ils ne savent pas ce qui peut leur arriver. Ou à leur retour, car, avec les primes de déploiement, ils ont beaucoup d'économies.» Certains se font graver en plein ventre leur fierté de soldat américain, raconte le patron de Skin Deep : «J'ai déjà écrit "Infidel" ou "Croisé", ou le nom d'un camarade qui a été tué, et dessiné une Field Cross [un fusil coiffé d'un casque, pour honorer la mémoire d'un camarade, ndlr], des drapeaux américains…»
Cet après-midi, deux militaires attendent leur rendez-vous, l'un en treillis, l'autre en civil et boucles d'oreilles, mais ils ne desserrent pas beaucoup les dents. «On n'a pas le droit de parler aux journalistes, ou seulement sous contrôle de la base», s'excusent-ils, avant de lâcher tout de même quelques soupirs sur leur dur métier. L'année 2010 a été plus mortelle que jamais pour l'armée américaine en Afghanistan : 499 tués, le chiffre le plus élevé depuis l'invasion du pays en 2001. Depuis le début de l'année, au moins 56 autres ont trouvé la mort. Les renforts ordonnés par Barack




