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Libération
Critique

Utopies qui déchantent

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Les batailles d’interprétation sur les violences du siècle passé par Enzo Traverso

Publié le 31/03/2011 à 0h00

C'est un livre d'histoire sur l'histoire dans l'histoire, celle du XXe siècle avec ses utopies fracassées ou muées en cauchemar. Une «histoire comme champ de bataille» selon la formule du titre, c'est-à-dire comme terrain d'affrontements politiques et idéologiques. L'histoire en effet s'écrit toujours au présent. «Les événements qui entourent l'historien et auxquels il prend part constituent la base de sa présentation comme un récit à l'encre sympathique», relevait le philosophe allemand Walter Benjamin qu'Enzo Traverso cite volontiers dans ce livre. L'historien d'origine italienne aime aussi à se référer au concept de «futur passé» forgé par Reinhart Koselleck, historien allemand, soulignant que «le passé et le futur, loin d'être deux continents rigoureusement séparés, sont unis dans une dynamique créatrice».

Le présent donne un sens au passé. Et ce dernier fournit aux acteurs de l’histoire un immense réservoir d’expériences leur servant à écrire l’avenir. D’où le grand intérêt de ce livre avec ses partis pris parfois discutables mais toujours stimulants.

Orphelin. Ancien militant d'extrême gauche italien réfugié en France, Enzo Traverso n'a pas abjuré ses rêves des lendemains qui chantent, même s'il ne se fait plus trop d'illusions. Arthur Koestler, communiste qui fut l'un des premiers à dénoncer le stalinisme, soulignait qu'«il y a un monde de différences entre un amoureux désenchanté et des êtres incapables d'aimer

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