La justice espagnole n'a eu aucun égard pour le magistrat andalou qui fit arrêter Augusto Pinochet en 1999 : le Tribunal suprême a confirmé que Baltasar Garzón sera jugé pour «prévarication» et «écoutes illégales» dans le cadre d'une vaste affaire de corruption qui éclabousse, depuis deux ans, le Parti populaire (PP, droite). L'apôtre de la justice «sans frontière» est accusé d'avoir enregistré, en secret, des conversations entre des suspects et leurs avocats, tout en sachant que ces méthodes sont illicites et «enfreignent le droit de la défense». Les suspects en question sont des entrepreneurs et de hauts dirigeants du PP, impliqués dans l'affaire Gürtel pour «détournements de fonds» et «malversations».«La justice a agi très vite pour faire asseoir Garzón sur le banc des accusés, alors qu'elle traîne les pieds pour la comparution des responsables de cette gigantesque corruption», s'indigne le leader de la Gauche unie (IU), Gaspar Llamazares.
Pour Baltasar Garzón, dont le procès devrait commencer d'ici juin, la descente aux enfers se poursuit. En mai 2010, le juge numéro 5 de l'Audience nationale d'Espagne - l'une des principales instances judiciaires du pays - se voyait suspendu de ses fonctions pour une autre affaire : il y a trois ans, le juge avait osé instruire un procès contre le franquisme et essayé d'établir une responsabilité pénale pour des responsables de l'ancienne dictature, au nom du «caractère imprescriptible des crimes contre l'humanité».




