Le parfum subversif du jasmin monte à la tête du gouvernement chinois. En février, lorsque sont apparus sur Internet des appels anonymes à des «rassemblements jasmin» (tous les dimanches, à 14 heures, à Pékin, Shanghai et dans plusieurs autres villes du pays), la police n'y est pas allée par quatre chemins. Des centaines d'agents en uniforme et en civil ont inondé les sites où les Chinois étaient conviés, une fleur de jasmin à la main, à «se promener» en nombre pour défier le gouvernement.
Ce déploiement sécuritaire dissuasif s'est accompagné de consignes données à la plupart des fleuristes des grandes villes, qui se sont vus interdire de vendre des fleurs de jasmin, symbole de la révolution tunisienne. Le mot «jasmin» a également été proscrit sur Internet, et les dizaines de milliers de censeurs employés par l'Etat se sont mis en chasse. Même une anodine vidéo montrant le président chinois, Hu Jintao, en train d'entonner la célèbre chanson Molihua («jasmin») avec une délégation d'Africains sinophones a été expurgée du Web.
Cette semaine, la police a encore monté d’un cran son niveau de vigilance : elle a ordonné au directeur du Festival international et culturel de la fleur de jasmin, prévu en septembre, de tout annuler… Dans les serres de la banlieue de Pékin, les producteurs de jasmin se morfondent. Le prix de l’odorante fleur blanche qui remplit d’effroi le politburo a chuté des deux tiers. Les fleurs servent aux commémorations, et il est vrai qu




