La démocratie est née sur des places publiques. C’est-à-dire des espaces où, dans les cités antiques et les villes, les citoyens pouvaient se tenir assemblés pour débattre de questions qui dépassaient les individus et concernaient la communauté dans son ensemble. Les «Indignés» de la Puerta del Sol rejouent à Madrid cette scène fondatrice. Dans un geste d’une
puissance symbolique et politique intacte, ils manifestent pacifiquement, joyeusement, rageusement. Ils disent aux responsables politiques espagnols que la démocratie telle qu'elle est ne suffit plus. Qu'elle doit être élargie, approfondie. Rouverte. Et leur slogan principal, lancé au visage de la classe politique - Vous ne nous représentez pas !» -, donne une idée de la profondeur de la crise et de l'immensité d'une attente à laquelle une élection, aussi importante que les régionales et les municipales qui se déroulaient dimanche en Espagne, ne saurait répondre. Comme le souligne le reportage que publie aujourd'hui Libération, les «Indignés» de la Puerta del Sol ne se font aucune illusion quant à leur prochaine évacuation par la police. Les tentes des manifestants et leurs cuisines en plein air risquent en effet de disparaître. On fera place nette. Mais la cause de ce mouvement spontané, inédit, elle, restera intacte. Et pourrait rapidement se trouver traduite dans de nombreuses langues européennes si les gouvernements de l'Union, de droite comme de gauche, n'ont à offrir à leurs citoyens que la perspective inf




