Dans leurs uniformes bardés d’insignes, les trois officiers des forces spéciales thaïlandaises n’en mènent pas large. De l’autre côté de la table, dans cette salle de réunion de la commission Vérité et Réconciliation, une dizaine de membres des familles des personnes tuées lors des manifestations antigouvernementales des Chemises rouges (partisans de l’ancien Premier ministre, Thaksin Shinawatra) d’avril et de mai de l’an dernier, les toisent d’un regard venimeux. Cette commission a été mise en place par le gouvernement pour tenter de faire la lumière sur les circonstances des incidents violents de l’an dernier, lors desquels 92 personnes ont été tuées et environ 2 000 blessées. L’atmosphère est tendue.
«Face à face». Après s'être longtemps contenue, Phayao Akahate, mère d'une jeune aide-soignante tuée par balle dans l'enceinte d'un temple bouddhique en mai 2010, explose. «Parmi vous, est-ce qu'il y en a un seul qui était présent sur le terrain lors des affrontements du 19 mai ?» lance-t-elle aux officiers. «Non», balbutie un colonel, expliquant que les soldats qui étaient près du temple Pathum Wanaram, à Bangkok, le 19 mai, sont tous «en mission». Après la séance, Phayao dit ne pas être surprise : «Les militaires engagés sur le terrain n'osent pas venir se confronter face à face aux familles des victimes.»
Un an après la plus importante flambée de violence politique depuis les années 70, la réalité des faits peine à émerger




