Il y a longtemps que Santu Mofokeng lutte dans la même catégorie que son aîné et mentor David Goldblatt, le géant de la photographie sud-africaine. Et dans son ombre. Leurs images se font curieusement écho. David Goldblatt photographie «ce qui est», comme l'annonçait son livre Structure of Things then («la structure des choses à l'époque»). Santu Mofokeng préfère, dit-il, «l'ambiguïté» du monde. La différence entre les deux hommes doit certainement quelque chose à leur expérience de l'histoire, celle de l'apartheid qui les a placés, l'un noir et pauvre, l'autre blanc et bourgeois, aux deux extrémités de la même société. Et voici qu'à 55 ans, ce photographe des zones grises de l'âme de son pays se voit rendre, enfin, un grand et bel hommage au musée du Jeu de Paume, à Paris.
Battement de cils
Technicien dans les labos photo des journaux blancs Beeld et The Citizen, Santu Mofokeng s'est d'abord servi de la photo comme d'une arme - en évitant le sang et le sensationnel. Il est sorti du collectif de photographes militants Afrapix (1985-1992) et des années de lutte contre l'apartheid pour suivre un cheminement très personnel. Il cherche à saisir ce qui ne se voit pas. Un battement de cils en grand format, la violence incrustée dans les paysages, la puissance de la prière en Afrique du Sud.
Ses images offrent plusieurs lectures selon que le spectateur est plus ou moins initié. Tout le monde saisit le caractère lugubre de ces tas de melons qui pour




