La baie vitrée domine les tours de Balgat, nouveau quartier d'affaires et de ministères de la périphérie d'Ankara et, dans le bureau, une demi-douzaine de femmes du service de comptabilité travaillent derrière leur écran. L'une d'elles a la tête couverte d'un élégant foulard aux dessins géométriques. La scène serait banale dans la Turquie d'aujourd'hui s'il ne s'agissait d'une agence d'Etat alors même que la loi interdit le port du türban (le foulard islamique en turc) dans la fonction publique.
Esra est arrivée là en juin 2009 par une boîte d'intérim. «Je crevais de chaud car j'avais mis une perruque sachant qu'on n'a pas le droit de travailler en foulard dans une administration. Mais le directeur m'a dit qu'en tant que contractuelle, l'interdiction ne me concernait pas», explique la jeune femme. Ses collègues n'ont jamais tiqué et, depuis, trois filles voilées, elles aussi intérimaires, sont venues rejoindre cette équipe de deux cents fonctionnaires travaillant en interface avec les institutions européennes. Handan, qui s'occupe des traductions en anglais, rêve de voir un jour «des députées en foulard au Parlement, à l'image de la majorité des femmes turques» mais elle reconnaît que «la situation n'est pas encore mûre». L'AKP, le Parti de la justice et du développement, au pouvoir depuis 2002 et donné largement gagnant aux législatives du 12 juin, a encore une fois refusé de présenter des candidates voilées «pour ne pas créer artifici




